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Wivi
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Messages : 761
Date d'inscription : 23/07/2009

MessageSujet: Nouveau texte.   Mer 5 Aoû - 21:09

NB : les première et dernière lignes m'ont été imposées. Bonne lecture !

Il y avait foule sur la place, en ce jour de fête au village. Un soleil resplendissant trônait sur son siège majestueux et frappait de ses rayons impassibles les têtes grouillantes qui s’agitaient à ses pieds. Un bruit inextinguible s’échappait de la masse. On parlait, criait, hurlait à qui voulait l’entendre. Les chiens aboyaient dès qu’on leur marchait sur la queue. Et les enfants courraient à perdre haleine à travers les étals déployés, au grand dam des marchants qui craignaient pour leur marchandise. Un bossu passa. Et une étagère flancha. Le bossu était petit, et l’étagère mal agencée. Mais le poissonnier n’en avait cure. De cette contingence improbable, il en décréta la faute au bossu. On le frappa, on l’injuria tandis que les cloches de l’église élevèrent leur chant tonitruant. Il était midi. Bientôt, les étals firent place aux montreurs d’ours, aux marionnettistes et aux troubadours. Le cœur était à la joie. Et très vite, ce ne fut plus que danses et mélodies endiablées. Les plus aguerris menaient les dames par le bout des lèvres. Les moins impétueux se contentaient d’une caresse sur leurs seins rebondis. On riait, on s’esclaffait. La boisson coulait à flot.
Ce giclement d’euphorie n’atteignait pas Pepito, le berger. Assis sur sa pierre favorite, il contemplait d’un œil torve l’agitation d’en bas. Ces excès d’humanité triviale n’étaient pas pour lui plaire. Depuis longtemps, il avait quitté la société et s’en était tenu à la plus stricte austérité. Il soupira. Une fois. Deux fois. Et il se retourna. La cacophonie troublait son silence. Tout compte fait, il aurait mieux valu quitter la colline dès l’avant-veille. Il l’aurait fait si Huguette n’avait pas mis bas. Il s’apprêta à partir quand un cri déchirant fit trembler la terre. Cela ne venait pas d’en bas. Mais de bien plus haut. A nouveau, cette même plainte se fit entendre. C’était une voix de femme, de femme à l’agonie. Sans réfléchir, Pepito se mit à courir. Il grimpa, sautilla. Pierre sur pierre. Racine après racine. Il remonta toute la pente de la colline qui surplombait le village, et s’écroula dans la boue en se prenant les pieds dans un corps mou. La jeune fille hurla. De lui ? Du bébé ? Nul ne saurait le dire. La pauvre enfant, elle souffrait le martyr. Son beau visage était défiguré par la peur et la colère. Pepito eut un mouvement de recul. Les yeux furibonds de la jeune fille lançaient des éclairs.
- Mama mia !
Elle cria, les mains crispées sur son ventre. Pepito s’agenouilla auprès d’elle. Lui aussi, il hoquetait.
- Mama mia! Señor Dios y todos los santos del Cielo!
Il se fit un signe de croix et baisa le médaillon qui pendait à son cou.
- La ferme ! Argh.
- Jesus Cristo !
Il cracha derrière lui et ses mains fouillèrent sa besace. Il en sortit une gourde bien pleine de cet alcool qu’il se plaisait à concocter. Il en but une large rasade. A côté de lui, elle n’en finissait pas de crier. Il en avait mal au crâne. Cependant, son attention fut très vite sollicitée lorsqu’il sentit de l’humidité imprégner son genou. Il se pencha et son inquiétude enfla de plus bel. Aucun doute possible, le bébé arrivait. Et ce, avec un empressement manifeste.
- Chica ! Chica !
- Argh ! Je ne comprends rien à ce que tu dis. Maman !
- Si ! Si ! Mama bellisima.
- Argh !
Il versa le reste de sa gourde sur ses mains sales. Il les secoua et entreprit de déshabiller la malheureuse.
- Lâche-moi !
- Chica ! Chica !
- Et merde !
Une nouvelle contraction la rendit à la raison. Elle se laissa faire.
- Ok, chica. Puja.
- Argh.
- Puja ! Puja ! Puja !
Elle ignorait ce que ces mots signifiaient. Mais à l’insistance de l’inconnu, qui ne cessait de lui répéter les mêmes gestes (un mouvement de la main qui allait de l’avant vers l’arrière), elle en déduisit qu’il lui fallait pousser.
- Puja ! Puja ! Si. Muy bien, chiquita !
- Argh
- Puja ! Puja ! Puja !
Elle poussa une dernière fois, et cria. Mais cette fois-ci elle ne fut plus seule à le faire. Un autre cri déchira l’air. Un petit cri, tout frêle, chevrotant. Celui d’un nouveau né qui aspirait à pleine gorge l’air frais de la montagne, et les relents animales des brebis qui broutaient tout autour, indifférentes au miracle qui venait de se produire. Pepito, lui, n’en revenait pas. Entre ses mains se tenait une minuscule petite fille.
- Chica ! Chica !
- Je sais, je sais. Je suis « Chica ».
Elle non plus, elle n’en revenait pas. Comment une si grosse chose avait bien pu sortir de son ventre ? Mais elle était heureuse. Le soulagement la prit à plein le corps. C’était terminé. Son calvaire avait pris fin. Elle laissa retomber sa tête sur le sol et entreprit de reprendre une respiration normale. Peine perdue. L’inconnu ne cessait de lui secouer les épaules.
- Chica ! Chica ! Mira ! Mira !
Elle aurait voulu qu’ils se taisent, lui et le bébé. Mais elle ne pouvait faire fi de leur présence un brin oppressante. Elle souleva ses paupières et regarda. Elle en eut le souffle coupé. L’homme était toujours agenouillé près d’elle. Il tenait dans ses bras une petite fille …
- Una chica muy bonita !
… pas si laide que ça finalement. Malgré elle et ce qu’elle s’était promis, elle la trouva magnifique. Elle se jura de ne la garder que pour elle seule.
Pepito souriait. Et son regard s’élargit davantage lorsqu’elle prit la petite dans ses bras.
- Merci, dit-elle.
Sa voix était faible mais dans son ton, il y sentit toute sa gratitude. Oui, il était heureux. Il aurait voulu que ce jour ne finisse jamais. Sans s’en rendre compte, il se mit à lui caresser les cheveux. Ses gestes étaient d’une infinie tendresse.
- Bonitas chiquitas, ne cessait-il de répéter d’une voix attendrie, comme s’il avait été lui-même le père de ces deux enfants.
- Soledad.
Il la regarda sans comprendre.
- Je m’appelle Soledad.
Il comprit. Il rit. Et des ridules apparurent au coin de ses yeux. Il était beau, quand il riait.
- Encantado Soledad. Soy Pepito.
Elle ne comprit rien. Mais elle rit à son tour. Tous les deux se retrouvèrent à rire ensemble, bientôt rejoints par les pleurs du bébé dérangé par de tels débordements d’allégresse.
- Vamos Chicas !
Il se leva. Son sourire ne le quittait plus. Il aida Soledad à se relever, veillant à ne pas blesser le bébé qu’elle tenait dans ses bras. Il lui laissa le temps de se nettoyer un peu et de se rhabiller. Une fois prête, il lui tendit sa main qu’elle prit avec plaisir. C’était une invitation qu’elle accepta de bon cœur, celle de le suivre pour toujours.
Ils se regardèrent. Le monde n’existait plus pour eux. Ils descendirent lentement la colline tandis que le ciel rougissait et s’éteignait, mais bientôt illuminé de feux multicolores. Ils ne se quittaient pas des yeux alors même que le village leur faisait face. Ils s’arrêtèrent un instant et contemplèrent en silence l’enfant qui sommeillait. Doucement, Pepito posa ses lèvres sur celles de la jeune fille. Elle ne put contenir un frisson. Sa bouche s’ouvra et elle l’accueillit avec impatience.
- Soledad. Mi Soledad de mi corazon, émit-il dans un souffle.
Soledad se lova au creux de son cou. Elle ne craignait plus rien désormais. Pepito resterait avec elle. Nul ne pouvait expliquer pourquoi ni comment, mais le fait était là : elle aimait ce petit berger espiègle. Pepito roucoula et l’embrassa une seconde fois. Des éclats de rire résonnèrent dans la nuit. Le temps était à la joie, à la fête. Alors, sans rien dire, d'un seul mouvement, ils se remirent en marche, comme aimantés par le village, impatients de le rejoindre.
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