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 La Haine

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Wivi
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Messages : 761
Date d'inscription : 23/07/2009

MessageSujet: La Haine   Mar 9 Fév - 12:13

Petit texte écrit à partir d'un thème qui m'a été imposé.

Citation :
Ce n’était plus qu’une question de temps. Tout allait bientôt prendre fin. Derrière la brume qui lui voilait la face, elle souriait. Oui, ce n’était plus qu’une question de minutes, de secondes. Les coups pleuvaient. Ils n’en finissaient pas, ceux-là même qui l’avaient acculée dans le fond des toilettes. Elle ne les voyait plus, ne les sentait plus. Les blessures se multipliaient à mesure que les aiguilles du cadran tournoyaient imperturbables. Mais elle riait et pleurait parce qu’elle sentait sa fin approcher.

Au départ, cela n’avait été qu’un accident. Elle venait de changer de Lycée. Elle avait commencé l’année, pleine d’espoirs et de souhaits, celui d’apprendre de nouvelles choses, de se faire de nouveaux amis, de rencontrer l’élu de son cœur. Elle s’était dépêchée, toute souriante, pour arriver à l’heure à l’école. La cloche avait sonné. Elle avait soupiré, fustigeant son maudit réveil de l’avoir réveillée trop tard. Encore une fois. Alors, oui, elle s’était dépêchée. Un peu trop. Et c’est là qu’eut lieu l’accident, un évènement stupide qui aurait dû rester sans conséquence. Mais justement, pas celui-là. Par inadvertance, sa route avait croisé les pas de Fiona. La Fiona. La copine de Tom. Le Tom. Les adolescents les plus populaires de l’école. Sans le savoir, elle scella son destin en trébuchant par mégarde sur les pieds de la meilleure amie de Fiona. Elle voulut se rattraper. Sans succès. Son corps percuta celui de Fiona. Ses mains qui tenaient un berlingot de jus de fruit lâchèrent leur prise. Le contenu liquide gicla sur le sol … et sur la nouvelle chemise de Fiona. La chemise. Achetée cent euros chez Massimo Dutti. Leurs regards se croisèrent. Mais il était trop tard. Pour s’excuser, s’amender, pour tout. Les yeux de Fiona la fixèrent durement, plein de haine. Ce fut là le début de la fin. Fiona se retourna sans mot dire. Ses acolytes la suivirent. Pendant longtemps, elle ne la revit plus. La crainte ressentie au souvenir de ce jour funeste s’estompa avec le temps. Elle pensait en avoir fini avec cette histoire. Elle se trompait. Le cauchemar ne faisait que commencer. Un beau jour, la discorde éclata. Tous surent avec certitude qu’elle était la nouvelle victime de Fiona, celle que dorénavant, on ne pouvait plus approcher. Il est d’ailleurs difficile de refuser quoi que ce soit à Fiona, parce qu’elle est belle et qu’elle est la petite amie de Tom. Et on ne contrarie pas Tom, parce que Tom … est Tom. Et cela suffit pour martyriser une jeune fille.

Ce jour-là, alors que les premières claques volèrent, elle prit conscience qu’elle venait de perdre tous ses rêves. Elle se retrouva plus seule que jamais, sans personne pour l’aider. Ses quelques amis l’abandonnèrent à son sort. Si Fiona n’avait pas été Fiona, peut-être que … Mais c’était risquer plus que son petit confort personnel que de la contrarier. Il valait mieux laisser les choses filer. Tout finit toujours par s’arranger, dit-on. Oui ! Tout finit toujours par s’arranger. Mais pour qui ? Pour eux ? Pour Fiona ? Pour elle ? Meurtrie, en sang, elle se rappelait leurs regards qui se voulaient indifférents. Ses larmes avaient supplié. Mais ce fut le silence qui lui répondit. Un silence horrifié. Elle n’avait pas compris alors le pourquoi de leurs réticences. Maintenant, elle savait : pour rien au monde, ils n’auraient voulu prendre sa place.

Des voix au dessus de sa tête grognaient. On l’insultait, on la battait. Son corps n’était plus qu’un tas de chairs rouges, une caisse de résonnance où se répercutaient à l’envi les harmoniques d’une douleur sans nom. Derrière ses paupières, elle pressentait les ultimes tic tac de son cœur.
Cette fois, ils étaient allés trop loin.

D’abord, ce fut les coups de pied. Ensuite des petits coups en douce afin de la faire trébucher au réfectoire, dans les couloirs, en classe, ce furent les sauts d’eau sur la tête, les punaises sous les fesses. On détruisit ses notes, ses cahiers. Toutes ses affaires personnelles y passèrent. Et pour finir, il y eut la sortie des classes. Là, ce fut pire, car Tom et ses copains entrèrent dans la partie, à la demande de sa petite amie.
Les jours se raccourcirent aussitôt.

On commença à réagir, les parents, les professeurs. En vain. La violence redoubla, jusqu’à l’imparable, jusqu’à cet instant précis où le verre du cadran d’une horloge accrochée sur le mur des toilettes des filles se brisa en mille morceaux. La course du temps stoppa net. Tout prit fin.

La bande à Tom ria. « Encore un coup, deux, trois. Oui, c’est assez pour aujourd’hui. La prochaine sera la bonne, hein !? Poufiasse ! Allons, les gars ! Les cours vont bientôt commencer. Partons sinon le prof va se demander quoi. » Et ils partirent, l’abandonnant derrière eux. La porte claqua. Elle ne réagit pas. C’était fini. Elle soupira. Elle ne voyait rien ni se sentait plus quoi que ce soit. Elle avait dépassé le stade de la douleur. Désormais, il n’y avait plus que le vide, l’éternel abysse. Les cloches de la mort retentirent à ses oreilles. Elles l’appelaient, l’invitaient à les suivre. Elle devait partir les rejoindre. Par un ultime effort de sa volonté, elle se leva, se pencha au-dessus des lavabos. Elle vit son visage qui n’était plus qu’un masque grotesque de peau déchirée. Mais elle parvint à sourire. Car les cloches avaient sonné la fin. La fin du début. Ses doigts agrippèrent un morceau de verre.

Son corps s’effondra. Ses paupières s’abaissèrent. L’obscurité se fit plus dense dans sa vie, dans son âme. Et sans une pensée, sans une parole, elle rendit son dernier soupire. L’écho des cloches s’évanouit. Le silence résonna, à peine brisé par le léger clapotis des gouttes glissant sur le carrelage des toilettes des filles, perdues au fond du couloir de mon lycée...
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